Il y avait dans un village une jeune fille qui, comme je vous le conte fut morte de chagrin. Elle s'appelait Azeline et habitait au bourg de saint Briac. Jolie, elle l'était entre les plus jolies et de plus avait du bien. Son coeur ne battait que pour Jean Bris, qui, par nécessité, était marin pêcheur. Ah! que le mer est donc malicieuse. Il devaient se marier au premier retour de Jean, embarqué sur un grand jaquen et s'étaient fiancés sur leur parole. " Durant toute ton absence je broderai des mouchoirs, lui avait elle dit, et je les marquerai de nos initiales entrelacées." Un soir son aiguille cassa. Ce n'est rien une première fois, mais la troisième est signe de mort. L'aiguille cassa trois fois entre les doigts d'Azeline. Mais elle ne crut pas au présage, elle l'aimait trop! Et cependant, il était mort. Par une volonté du Bon Dieu, son bateau se perdait à l'heure même où sa fiancée rompait sa troisième aiguille. Son pauvre fiancé s'en fut dans le royaume des poissons argentés. Azeline l'attendait toujours et marquait les mouchoirs sans inquiétude. La nouvelle du naufrage ne tarda pas à venir à saint-Briac et on y rapporta le corps de Jean, que l'on avait retrouvé sur une côte anglaise, afin qu'il fût enterré en un lieu bénit. Les parents d'Azeline, sachant bien qu'elle mourrait de l'apprendre, voulurent lui cacher ce malheur, et l'envoyèrent à Jouvente où l'on fêtait les noces d'une parente. Tandis qu'elle dansait, on ensevelit son fiancé. Azeline dansait à Jouvente aux noces de sa cousine, lorsque Gerbette, une autre fille du village, jalouse d'elle à cause de sa bosse et contrefaite lui demanda: - Que dirais tu si on t'apprenait que Jean est défunt? Azeline se mit à rire tant elle aimait son fiancé: - Défunt, lui? c'est qu'il n'y aurait plus de Dieu dans le ciel! Et elle retourna à la danse. Dix minutes ne s'étaient pas écoulées qu'on vint l'avertir que quelqu'un la demandait. Elle se divertissait de si bon coeur qu'elle ne voulait pas se déranger. - Qui est ce? demanda t'elle. - C'est un jeune homme monté sur un cheval gris qui vient vous chercher de la part de vos parents. Elle alla à la rencontre du cavalier et vit son fiancé. - Ah! c'est donc toi? fit Azeline - Oui reprit Jean, tu danses trop et trop te divertis avec les jeunes hommes. - Es tu jaloux? interrogea la rieuse Azeline, dans ce cas, ramène moi chez mon père et nous hâterons notre mariage. Elle monta sur le cheval gris de fer à côté de son cher amoureux en route pour Briac; C'était la nuit à présent et la lune, si claire et si belle, trompait les bella- dones qui se recouvraient; Le cheval courait si vite qu'il dépassait les étoiles filantes et elle arrivait avant elles à l'horizon. On aurait juré qu'au milieu de la tranquillité des plaines, ils étaient chassés dans un courant de vent. Azeline s'était nouée à la poitrine de son fiancé et le serrait contre son coeur; - As tu peur? lui demanda Jean - Oh! Non, j'ai trop de plaisir; Et elle se pressait encore contre lui, étonnée de le voir si pâle. Jean vit un corbeau qui les suivait d'arbre en arbre et qui appelait ses petits. - Hélas! gémit le mort vivant, c'est un corbeau! - Non! dit Azeline, c'est une mouette. Nous arrivons à la mer. Jean pencha la tête et se plaignit du froid. Azeline ôta sa capuce et la lui mit sur les épaules. Le cheval gris filait toujours et traversait des villages endormis qu' Azeline nommait au passage. Tous les chiens hurlaient dans la campagne, mais elle ne les entendait pas, elle se sentait si heureuse!.. Tout à coup Jean dit: - Le vent me traverse la tête. Ne le sens tu pas derrière moi? Azeline prit son mouchoir blanc, brodé de leur chiffre entrelacé, et elle l'attacha autour du front de son amoureux. - Cela me fait du bien dit-il, et se retournant, il lui demanda si elle l'aimait toujours. Azeline détacha sa bague et la passa au doigt de son fiancé. Lorsqu'ils arrivèrent devant la maison des parents d'Azeline, les cloches de l'église tintaient encore. - Qui donc est mort? Elle appela ses parents, mais la maison était vide. Seules quelques bêtes mugissaient dans l'étable. - Débride le cheval, dit la jeune au cavalier et repose toi. je vais aller voir à l'église. - A demain fit jean - A tout à l'heure, répondit-elle. Azeline courut jusqu'à l'église, y joignit ses parents en prières et les voyant en pleurs, voulut savoir qui on enterrait. - C'est Jean, ton fiancé qu'on a retrouvé dans la mer, sur une côte anglaise. Azeline n'y croyant pas, demanda à voir le défunt. En apercevant son fiancé avec la capuce sur l'épaule, sa bague au doigt et le fin mouchoir brodé autour du crâne avec le chiffre au mitan du front,elle tomba et mourut. Il fut décidé de les enterrer ensemble, tant leur amour fut admirarable.
( Tiré de contes des Trompettes de fées)

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